Le cri de la larve


Les bébés fourmis, qui ne peuvent pas se déplacer et quitter le nid, sont capables de communiquer leurs besoins nutritionnels aux autres fourmis, qui, en retour, adaptent leur stratégie de récolte.

Nous savions que les fourmis possèdaient un esprit communautaire développé. Des chercheurs français nous en donnent un autre bon exemple.

Il est de notoriété scientifique qu'une colonie de fourmis gère la nourriture à l'image d'un « estomac collectif ».

La nourriture est rapportée au nid par seulement 10 % de ses membres, les fourrageurs, qui la régurgitent. Elle est ensuite partagée entre tous les membres de la colonie.

Mais les besoins nutritionnels diffèrent entre les jeunes (larves) et les adultes.

La chercheuse Audrey Dussutour et ses collègues, du Centre de recherche sur la cognition animale de France, ont montré que les larves, qui ne peuvent pas se déplacer et quitter le nid, sont capables de communiquer leurs besoins nutritionnels aux fourrageurs qui, en retour, adaptent leur stratégie de récolte.

Les chercheurs en viennent à cette affirmation après avoir mis à la disposition de colonies de fourmis de la nourriture riche en sucre ou en protéines.

Ainsi, lorsque les larves sont présentes dans la colonie, les sources de nourriture riches en protéines sont préférées. Cette alimentation permet aux larves d'assurer leur croissance.

Au contraire, lorsque les larves sont absentes, les fourmis privilégient la récolte de nourriture riche en sucres.

Dans une seconde expérience, les chercheurs ont mis en évidence que le sucre était le nutriment clé dans la régulation de la récolte.

En présence de nourriture caractérisée par des proportions variables en protéines et en sucre, les fourrageurs sont capables de récolter la même quantité de sucre.

Lorsque la nourriture était riche en protéines et pauvre en sucre, l'excès de protéines était simplement rejeté hors du nid.

Les fourmis sont donc capables d'extraire le sucre de la nourriture et de régurgiter les protéines sous forme de boulettes.

Les protéines tueuses

Cette recherche confirme aussi l'effet toxique pour la fourmi des nourritures riches en protéines, un fait déjà établi chez la mouche drosophile.

Malgré leurs capacités de manipuler la nourriture, les colonies élevées avec de la nourriture riche en protéines présentent une mortalité très élevée à cause de la toxicité des protéines pouvant atteindre les 75 % de la colonie. Celles élevées avec de la nourriture moins protéinée perdent moins de 5 % de leur effectif.

De plus, les scientifiques ont constaté que la mortalité des fourmis était moins importante dans les colonies comprenant des larves. Dans ces colonies, les fourmis échappent en partie à l'effet toxique des protéines en confiant le travail de manipulation de la nourriture aux larves qui sont mieux équipées pour la digestion des protéines.

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